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13/09/2017 08:16:17

Un an après le crise du lait, les éleveurs sortent "tout juste la tête de l'eau"


Laval (AFP): "Je sors tout juste la tete de l'eau". Paul, eleveur dans l'Ouest, bloquait il y a un an les usines de Lactalis, numero 1 mondial des produits laitiers, un bras de fer long et dur qui,...

conjugué à une flambée des prix du beurre, lui permet de ne plus vendre son lait à perte.

"Ça peut paraître anecdotique mais 10 euros de plus sur le prix, c'est 3.500 euros qui rentrent à la maison", explique l'éleveur basé en Mayenne, bastion de la colère des producteurs de lait, l'été 2016.

Avec d'autres agriculteurs venus de Bretagne, Normandie et Pays de la Loire, ils ont occupé matin et soir pendant neuf jours un rond-point rebaptisé "la honte du lait", donnant accès aux usines et au siège social du géant mondial Lactalis à Laval.

"Je reste très marqué par cette semaine sur le rond-point avec les éleveurs à écouter leur détresse", se remémore Philippe Jéhan, président de la Fédération Départementale des Syndicats Agricoles de Mayenne (FDSEA, syndicat majoritaire).

'Tenir bon'

"J'ai vu des agriculteurs qui aiment leur métier, noble, mais qui ont du mal à en vivre", poursuit l'agriculteur de 46 ans qui s'époumonait avec son mégaphone à remonter le moral de ses troupes en leur intimant de "tenir bon".

Après cette action de force et sous la pression du gouvernement socialiste, Lactalis accepta de revenir à la table de négociations. En août 2016, le prix d'achat par le groupe du lait était de 280 euros les 1.000 litres contre 331 euros aujourd'hui. Une "main tendue" mais jugée encore "insuffisante" pour M. Jéhan.

"A partir de 330-340 euros les 1.000 litres, les comptes vont être à l'équilibre, l'éleveur va pouvoir se rémunérer un petit peu mais pas non plus avoir un gros salaire: autour de 1.500 euros avec derrière 70 heures de boulot", estime Paul, producteur laitier depuis cinq ans.

"J'ai pu sauver mon exploitation de quarante vaches laitières. J'ai réussi à serrer les boulons pendant les deux années de crise grâce au salaire extérieur de ma compagne. D'autres n'ont pas eu cette chance de tenir", explique le père de famille de 35 ans.

Si les effets de la crise laitière se sont fait ressentir en 2016 par les agriculteurs, elle a débuté à l'été 2014 avec l'embargo russe sur les produits alimentaires venant de l'Union européenne et la baisse des importations chinoises, analyse Benoît Rouyer, économiste au Centre National Interprofessionnel de l’Économie Laitière (Cniel).

"A ces deux facteurs s'ajoute la fin des quotas laitiers au sein de l'Union européenne en mars 2015. On se retrouve avec une accélération de la production dans l'UE et une demande internationale moins soutenue. Cela induit une dégringolade progressive des prix", poursuit M. Rouyer.

'Marché du lait fragile'

Pour l’économiste, "la situation du lait en 2017 est positive, tirée par la forte augmentation du prix du beurre sur le marché international qui devrait se poursuivre jusqu'au printemps 2018". Néanmoins, "on n'est pas dans une totale euphorie", tempère-t-il. Face à la surabondance de poudre de lait, la Commission européenne pour tenter de régler les prix a décidé d'en acheter 350.00 tonnes, qu'elle remet au fur et à mesure sur le marché.

Un stockage conséquent de poudre de lait qui rend "le marché fragile", assure Michel Nalet, porte-parole du groupe Lactalis qui affiche un chiffre d'affaires de 17,3 milliards d'euros en 2017.

"Il n'y aura pas de maintien de la hausse de prix du lait sans un niveau de prix qui sera suivi par les acteurs de la grande distribution", met-il en garde.

Lassés, certains producteurs ont décidé de s'affranchir des géants laitiers et de s'orienter vers des circuits courts ou le bio. Des leviers qui restent des "niches", estime l'éleveur mayennais.

"La vente directe, c'est très bien, elle se fait où il y a le consommateur, Paris, Marseille, Lyon... Nous en Mayenne on produit plus d'un milliard de litres de lait, c'est pas les 60.000 personnes à Laval qui vont suffire !", affirme Paul.

Il n'existe pas de "solution miracle" pour les producteurs dit conventionnels, c'est-à- dire 85% des éleveurs français, précise Benoît Rouyer, économiste au Cniel. "Il faut privilégier un outil européen de pilotage de la production en période de crise". Une initiative lancée par la France, mais qui a "peu d'écho parmi les voisins européens qui ont une approche libérale", regrette-t-il.

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